René Girard

Scolies d'après René Girard

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Chère lectrice, cher lecteur,

Mes études philosophiques vont désormais avoir lieu sur ce site:

http://www.rene-girard.com

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mars 7, 2010 à 11:23

Publié dans René Girard

Azazel et le chemin du hasard

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Je voudrais qu’il parle du hasard. Comme une chose sacrée relevant de l’extérieur, de ce sur quoi nous n’avons pas prise. Le tirage au sort. Quand il ne peut pas décider qui est bon ou mauvais, il tire au sort. Il appelle cela l’épreuve. Maintenant, cette technique ne marche plus. Plus de hasard. Si je veux décider, il faut un procès. Un perdant un gagnant. Quand je tape un nom sur google, je veux un résultat. Le résultat ne sera pas le fruit du hasard. Si je le rencontre, c’est parce que j’ai rendez-vous avec lui. Ou elle. Mais… Quelquefois… Par exemple, les coïncidences, ce qu’on ne s’explique pas, tel chose qui arrive à tel moment comme un fait exprès, comme si dans la Matrix de Google, quelque chose avait fait monter une page inattendue? Quel rapport tout cela peut-il entretenir avec le mal quand on sait que le tirage au sort de Google (cet infini), est précisément le produit d’un calcul, le contraire d’un hasard. La faim, l’argent, le sexe, le besoin de sécurité, de confort, d’amour. Tout cela semble pouvoir se calculer dans une atmosphère de concurrence.

Jean Pierre Dupuy

Il parle du hasard à partir de la troisième partie qui s’appelle Loterie à Babylone. Dans le premier chapitre, du hasard dans le problème théologico-politique.

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mars 5, 2010 à 12:34

Avions-nous oublié le mal?

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Avec Bernard Lempert, dans un ouvrage qui s’appelle: Critique de la pensée sacrificielle, et comme le rappelle Jean-Pierre Dupuy, il faut dénoncer deux erreurs communes à ceux qui pensent au meurtre et au sacrifice. Car meurtre et sacrifice ont en commun la victime et la mise à mort.

D’abord une histoire horrible raconté par Bernard Lempert

Printemps 99: Kosovo, c’est le jour de la fête de l’Aïd, des policiers serbes font irruption dans une maison kosovare.  Chez les musulman, l’Aïd commémore le non-sacrifice d’Isaac, quand Dieu demande au père d’Isaac, Abraham, de tuer un mouton à la place de son fils. C’est la substitution. On égorge le mouton en mémoire de cet animal que l’ange, au dernier moment, va mettre à la place du fils d’Abraham.

Les policiers demandent à la famille si elle a déjà tué le mouton: non, ils sont trop pauvres pour avoir un mouton. Alors les policiers s’emparent du fils de la famille, un jeune homme de dix-sept ans, en disant: “il est assez gras pour le sacrifice”. Et ils l’égorgent sous les yeux des parents.

La première erreur consiste à ne pas voir que le sacrifice repose sur un meurtre.

Toute la pensée religieuse concourt à dissimuler cette parenté entre meurtre et sacrifice, y compris le curé quand il ne rappelle pas ce que mange le fidèle en avalant l’hostie, à savoir le type sur la croix après la préparation au four. Sauf que le christianisme est censé, selon Girard, avoir la puissance de révéler cette parenté en exhibant la victime, justement.

La seconde erreur c’est le contraire, c’est faire du sacrifice rien qu’un meurtre

Comme les policiers serbes, l’erreur c’est dire que le sacrifice n’est qu’un meurtre, c’est démystifier brutalement le geste du sacrificateur et ignorer la différence.  Car le sacrifice est la source de la civilisation, comprendre cette proposition c’est comprendre le sens de l’œuvre girardienne: l’histoire de l’humanité, c’est l’histoire de l’évolution endogène des systèmes sacrificiels, la civilisation faisant des bonds en avant quand on substitue à la victime humaine un tenant-lieu, un symbole, d’abord un animal, puis des végétaux, ensuite des entités symboliques abstraites. C’est donc l’histoire de la symbolisation.

D’après J-P DupuyAvions-nous oublié le mal? 61-63

Après ça on peut réfléchir et on tachera de le faire, sur le concept de Violence Symbolique chez Bourdieu, pourquoi dans l’univers du marché des symboles il y a de la violence, et pourquoi la théorie nous invite à ne plus faire comme  si politique, culture et religion c’était quelque chose de différent. Le cas du Grand Pressigny par exemple.

Louvres Paris

histoire Paris

Rousseau et la passion de l’obstacle

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René Girard observe que le désir mimétique peut-être catastrophique. Je veux ton mec et donc je te le prends et puis j’entre dans une rivalité avec toi qui tourne mal parce que forcément tu t’en prends à moi. Entre toi et moi le conflit s’aggrave et finalement dans cette histoire de rivalité, on ‘oublie le mec, on oublie l’objet (le désir n’a pas d’objet, il est mimétique)  et on ne pense plus qu’à l’obstacle du désir. En désirant ton mec j’ai imité ton désir, c’est ça le désir mimétique. Seulement, en le désirant, ton mec, j’ai fait de toi une force hostile, tu es devenu un obstacle, et tu finis par m’obséder à force de me le faire payer et moi, en retour, de te rendre les coups; et je ne pense plus qu’à toi, quand à la fin, j’ai oublié le mec. La relation soi-disant érotique c’est avec toi que je l’ai. Si tu es du même sexe que moi, alors, c’est de l’homosexualité. Les tentations de te soumettre ou de jouir en me soumettant à toi deviennent grande. Le désir a perdu son objet.

René Girard

René Girard

Jean-Pierre Dupuy, écrit un livre sur le 11 septembre: Avions-nous oublié le mal? La première partie porte le nom d’un livre d’André Glucksmann. Jean-Pierre aime ce titre car ça lui rappelle un auteur essentiel pour l’étude du ressentiment, chez les hommes, le grand écrivain russe: Doïstoievski à Manhattan. A propos de Rousseau, Jean-Pierre, dans le chapitre II intitulé  Le mal comme principe d’explication, sort une citation remarquable de Rousseau Juge de Jean-Jacques, Premier dialogue, rappelant le principe de la transformation de l’appétit en rivalité et comment celle-ci perd de vue son objet.

Les passions primitives, qui toutes tendent directement à notre bonheur, ne nous occupent que des objets qui s’y rapportent et n’ayant que l’amour de soi pour principe sont toutes aimantes et douces par leur essence; mais quand, détournées de leur objet par des obstacles, elles s’occupent plus de l’obstacle pour l’écarter que de l’objet pour l’atteindre, alors elles changent de nature et deviennent irascibles et haineuses. Et voilà comment l’amour de soi qui est un sentiment bon et absolu devient amour-propre; c’est-à-dire un sentiment relatif par lequel on se compare, qui demande des préférences, dont la jouissance est purement négative et qui ne cherche plus à se satisfaire par notre propre bien, mais seulement par le mal d’autrui.

Chez Girard, la disparition de l’objet dans l’aggravation du conflit mimétique entre les rivaux abouti à leur indifférenciation. Ton mec, c’est l’objet, toi, tu es le médiateur, celui qui me montre ton mec, celui sur qui je copie le désir, celui dont j’imite le désir pour m’approprier ton être. Dans Mensonge romantique et Vérité romanesque Girard écrit à propos du rapprochement vertigineux du sujet et de son médiateur.

Apocalypse

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(Vocabulaire de René Girard de Charles Ramon)

Le terme apocalypse signifie à la fois “catastrophe” (dans le langage courant) et “révélation” (par étymologie). Girard l’emploi bien en ces deux sens. Le Christ, selon lui, est venu apporter la “révélation” de l’innocence des victimes émissaires. Il a jeté la lumière sur les mécanismes sacrificiels par lesquelles les sociétés archaïques se protégeaient de leur violence. En “relevant” ces mécanismes, il les a rendus inefficaces (car ils ne sont efficaces que s’ils restent méconnus de ceux même qui les appliquent). Le bon aspect de la “révélation” est la disparition progressive, dans l’histoire, du recours aux boucs émissaires. Le mauvais aspect en est que la violence peut maintenant se déchaîner sans frein: le monde moderne court vers l’”apocalypse” nucléaire.  C’est dire l’ambigüité du rôle du Christ dans l’histoire humaine: est-il venu apporter la “bonne nouvelle” (l’Evangile) ou la mauvaise (l’Apocalypse).

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janvier 3, 2010 à 6:05

Cet insensé est René Girard

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Seul un insensé, ignorant tout des normes de la recherche en sciences humaines, peut aujourd’hui proférer les énormités suivantes. En dépit, ou plutôt du fait même de son bruit et de sa fureur, l’histoire de l’humanité, prise dans sa globalité, a un sens. Ce sens nous est accessible: la science de l’homme est possible, mais ce n’est pas l’homme qui l’a faite. Elle lui a été donnée par une Révélation divine. La vérité de l’homme est religieuse. De toutes les religions, une seule possède le savoir sur le monde humain, et donc sur toutes les religions qui l’ont précédée. C’est le christianisme, en tant qu’il se fonde sur les Évangiles, c’est-à-dire sur les récits de la mise à mort du Christ.

Cet insensé est René Girard.

Jean-Pierre Dupuy, La Marque du Sacré, carnetsnord, 2008.

La mort ou le retour des religions

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Lentement, mais irrésistiblement sur la planète entière, l’emprise du religieux se desserre. Parmi les espèces vivantes dont notre monde menace la survie, il faut compter les religions.

Ainsi René Girard commence un ouvrage qui s’appelle Je vois Satan tomber comme l’éclair.

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décembre 3, 2009 à 10:07

Publié dans Je vois Satan tomber comme l'éclair

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Le théâtre de Jésus

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Le texte de cet article  est un commentaire au récit historique développé sur Apartrental Blog, aux sujet des prophéties de la ville de Paris avant la Révolution.

Bel exemple de la lutte pour reprocher à l’église d’être tentée par la gloire mondaine, bel exemple de la façon dont on ramène les catholiques à ce qu’il y a d’essentiel dans la crucifixion: les convulsionnaires de Saint-Médard, à Paris, Rue Mouffetard au XVIIème siècle.

Les convulsionnaires sont des petites gens ou des notables jansénistes ou manipulés par les jansénistes, situés du côté protestant contre l’idée du libre arbitre soutenue par le Vatican.

Car le protestant pense qu’on ne peut pas sortir du pêcher sans l’aide de Dieu. Comme l’homme de gauche pense qu’on ne peut pas sortir de la pauvreté sans l’aide de l’Etat. Le libre arbitre du catholique désigne l’homme comme responsable de son absence de vertu.

Vieille querelle.

Suite à la mort de leur modèle, une sorte de christ, le diacre François de Paris mort à cause de l’austérité de son existence, les gens du quartier de l’église Saint-Médard vous un culte autour de son tombeau.

Le protestant proteste d’abord contre la richesse de l’église. Les adorateurs de François de Paris, se livrent à toutes sortes d’auto-châtiments, qui ramènent tous à l’idée de la persécution.

Les jansénistes sont effectivement persécutés, par Louis XIV puis Louis XVI. Jusqu’à l’expulsion des jésuites, instigateurs des persécutions et qui avaient toujours contesté les thèses de Corneille Jansénius, dans son Augustinus.

Je vois satan tomber comme l'éclair René Girard

Editions Grasset et Fasquelles 1999

En ramenant l’église à la pauvreté, les jansénistes tendent, à travers le mouvement des convulsionnaires, à ramener le regard du chrétien sur le fait primordial. A savoir la persécution.

En ce qui concerne la croix, plus qu’un symbole, c’est un rappel permanent. La persécution aboutit au lynchage. Attention. Pas à la culpabilité des juifs, des roumains, des pédés, des sorcières, non.

A la condamnation à mort. Le christ est un condamné à mort et l’origine de la divinité est là. De là à dire, avec René Girard, que ce condamné à mort là n’est pas Dieu, mais celui qui va montrer aux hommes d’où vient Dieu, à savoir, du lynchage collectif, il faut poursuivre notre lecture.

Je vois Satan tomber comme l’éclair est un bon point de départ à condition d’avoir compris, cette idée de lynchage.

DESIR TRIANGULAIRE (définition d’une notion clé chez René Girard, et formant, avec la notion de lynchage – meurtre collectif – les deux piliers de sa pensée, ou théorie: le désir mimétique, c’est Satan – pour le dire vite)

L’homme est cette créature qui a perdu une partie de son instinct animal pour accéder à ce qu’on appelle le désir.

Une fois leurs besoins naturels assouvis, les hommes désirent intensément, mais ils ne savent pas exactement quoi car aucun instinct ne les guide.

Ils n’ont pas de désir propre. Le propre du désir est de ne pas être propre.

Pour désirer vraiment, nous devons recourir aux hommes qui nous entourent, nous devons leur emprunter leurs désirs.

(Je vois Satan tomber comme l’éclair, René Girard. Grasset page 35)

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novembre 25, 2009 à 2:39

Spécificité du christianisme

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La leçon du christianisme ne peut être vraiment entendue que si elle l’est complètement, à cent pour cent, ce qui implique que les hommes renoncent une fois pour toutes à leur violence. Le Royaume est comme l’œil du cyclone: si on tente de l’atteindre par un chemin continu, en s’efforçant toujours plus d’augmenter l’efficacité des moyens habituels, c’est-à-dire violents, de contenir la violence, on tournoiera de plus en plus vite, tel un fétu de paille, à mesure qu’on croira s’approcher du cœur au repos. Le Royaume, on y saute à pied joints ou on meurt.

Le récit de la mort de Jésus est semblable à ceux qu’on trouve dans beaucoup d’autres religions. C’est la mise à mort de quelqu’un, et cette mise à mort l’apparente à un sacrifice. Ce qu’il a de spécifique, c’est qu’il est raconté du point de vue de la victime. Donc, il casse la machine à faire du sacré, il casse les systèmes sociaux et leurs cultures fondées sur le sacrifice.

Parce qu’une bonne machine à faire du sacré produit un mythe, c’est-à-dire un récit raconté du point de vue des persécuteurs, qui ne s’étonnent pas de voir celui qui a foutu la merde devenir un dieu après avoir été jeté de la falaise  (comme l’île de Pâques, par exemple).

Porteur de ce savoir, le récit chrétien de la passion permet notre monde qui prend en considération les victimes et augmente toujours plus le cercle de son intégration. Notre monde sait qu’il a pour origine le meurtre et la persécution. Du coup, les effets du christianisme sont redoutables. C’est le monde moderne. C’est le Royaume qui nous prive de toute protection contre notre violence – celle que la persécution sacrée nous a toujours permis de canaliser malgré nous. De sorte que nous sommes livrés à nous-mêmes, obligés de sauter à pied joints dans le Royaume ou de mourir, tous. Tel est le sens qu’il faut donner au texte de Jean-Pierre Dupuy, page 155 de son livre La Marque du sacré. Ce texte, fortement inspiré de René Girard, est écrit à propos d’une discussion de l’évolutionnisme cognitiviste, au chapitre III, La religion, nature ou surnature?

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octobre 6, 2009 à 4:31

La Marque du Sacré par Jean-Pierre Dupuy

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Le moins que l’on puisse dire c’est que ce livre bouscule nos idées reçues. Pour ne prendre qu’un exemple, la soi-disant raréfaction de l’énergie  fossile. En réalité, selon la fameuse règle du tiers, si on brûle ne serait-ce qu’un tiers de  l’énergie disponible, sans même se mettre en situation de rendre cette énergie rare, le pétrole pour ne citer que le plus fameux, on aura largement dépassé la capacité de la Terre à encaisser les émissions de carbone. En réalité, un tiers de la réserve suffirait à tout chambouler notre climat. Donc, ceux qui disent qu’on va manquer de pétrole se trompent. Le problème de l’énergie fossile est exactement inverse, on en a trop.

Tout le livre est comme ça. Sur fond d’une réflexion pour montrer comment notre raison, notre pensée scientique est enracinée dans la métaphysique religieuse, et chrétienne en particulier. Evidemment, si je vous parle de jean-Pierre Dupuy sur ce blog, c’est que c’est un brillant essayiste grand connaisseur de René Girard.

Son super livre, La Marque du sacré, j’en suis à la moitié. Il est publié dans les mêmes éditions que le dernier bouquin apocalyptique de René Girard, Achever Clausewitz. Les éditions Carnet Nord.

La catastrophe (écologique, nucléaire, nano-bio-technologique…) a commencée mais notre refus du religieux nous empêche de la voir.

Et pourquoi? Parce que c’est le religieux, ou plutôt sa disparition qui est à l’origine de cette catastrophe. De plus la disparition du religieux se double d’une révélation sur la nature du religieux lui-même comme berceau de notre propre savoir scientifique sur l’homme. Un livre passionnant mais il vaut mieux, donc, se renseigner un peu sur René Girard avant de l’aborder puisqu’il est le résultat d’une empoignade avec le père de la Théorie mimétique. Jean-Pierre Dupuy a écrit son premier livre inspiré par cette théorie il y a trente ans, L’enfer des choses. Et ça vaut le détour.

Rédigé par grandpressigny

octobre 5, 2009 à 7:03

Pluriel Hachette

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Quand j’aurai fini de travailler avec cette édition poche dont je me sers pour une relecture, afin de bien disposer mes connaissances de René Girard sur ce blog, je me doute que le livre ne sera plus qu’un tas de feuilles reliées entre elles par des trombones, la couverture servant de pochette. Ca me fait toujours ça avec les éditions Hachette Pluriel, de la vrai meumeu. Mais de voir les feuilles s’envoler à mesure qu’on les tourne présente l’avantage de pouvoir les traiter comme des feuilles à copier, ce qui peut être pratique pour étudier certains passages en particulier. Ou ça donne des idées, de distribuer le livre dans les boîtes aux lettres, après le courrier du facteur, entre un prospectus de Carrefour et une publicité pour une séance de voyance gratuite. Je songe avec nostalgie à Henri Miller parlant des livres qu’il avait du mal à acquérir, parce qu’ils étaient trop chers. Sûr, Pluriel ce n’est pas cher. Mais pour le prêter à des amis tintin.

Les livres sont une des rares choses que les hommes chérissent vraiment. Et les esprits les plus nobles sont ceux-là aussi qui se séparent le plus facilement de leur possessions. Un livre qui traîne sur un rayon, c’est autant de munitions perdues. Prêtez et empruntez tant que vous pourrez, aussi bien livres qu’argent. Un livre n’est pas seulement un ami, il vous aide à en acquérir de nouveaux. Quand vous vous êtes nourri l’esprit et l’âme d’un livre, vous vous êtes enrichi. Mais vous l’êtes trois fois plus quand vous le transmettez à autrui.

Henri Miller, Lire au cabinet, Gallimard de poche (plus solide).

Eh bien, je m’étais débarrassé des éditions précédentes grâce auxquelles j’avais lu René Girard. Je dirais que j’aurais du mal à partager l’expérience de Miller avec celle que j’ai acheté pour en parler sur ce blog. Idem pour l’édition plurielle de la Violence et le Sacré (pour le lire une septième fois, mais le livre je l’ai emprunté à mon frère qui s’est arrêté au premier quart). Avis lecteur, dans l’immédiat, méfie-toi, comme dit le normand.

Rédigé par grandpressigny

avril 22, 2008 à 1:02

Tocqueville cité par Girard

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Tocqueville cité par René Girard dans Mensonge romantique et vérité romanesque montre que l’égalité peut conduire les gens à s’obséder mutuellement.

Quand toutes les prérogatives de naissance et de fortune sont détruites, que toutes les professions sont ouvertes à tous, et qu’on peut parvenir de soi-même au sommet de chacune d’elles, une carrière immense et aisée semble s’ouvrir devant l’ambition des hommes, et ils se figurent volontiers qu’ils sont appelés à de grandes destinées. Mais c’est là une vue erronée que l’expérience corrige tous les jours. Cette même égalité qui permet à chaque citoyens de concevoir de vastes espérances rend tous les citoyens individuellement faibles. Elle limite de tous côtés leurs forces en même temps qu’elle permet à leur désir de s’étendre.

… Ils ont détruit les privilèges gênants de quelques-uns de leurs semblables; ils rencontrent la concurrence de tous. La borne a changé de forme plutôt que de place.

… Cette opposition constante qui règne entre les intincts que fait naître l’égalité et les moyens qu’elle fournit pour les satisfaire tourmente et fatigue les âmes… Quelque démocratique que soit l’état social et la constitution politique d’un peuple, on peut… compter que chacun de ses concitoyens apercevra toujours près de soi plusieurs points qui le dominent, et l’on peut prévoir qu’il tournera obstinément ses regards de ce seul côté.

Rédigé par grandpressigny

mars 20, 2008 à 11:36

Qu’est-ce que le totalitarisme?

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Dans ce passage René Girard donne une définition précise de ce qu’il appelle totalitarisme à savoir la concurrence épuisant toutes les forces des hommes dans une lutte stérile puisque ne mettant plus aucune différence concrète en jeu, situation créée par l’égalité.

L’égalité croissante – le rapprochement du médiateur, dirions-nous, – n’engendre pas l’harmonie mais une concurrence toujours plus aigüe. Source de bénéfices matériels considérables, cette concurrence est une source de souffrances spirituelles plus considérables encore car rien de matériel ne peut l’assouvir. L’égalité qui soulage la misère est bonne en soi mais elle ne peut pas satisfaire ceux-là même qui l’exigent avec le plus d’âpreté; elle ne fait qu’exaspérer leur désir. Lire la suite »

Rédigé par grandpressigny

mars 19, 2008 à 5:59

Quand le médiateur se rapproche du sujet

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Plus la distance diminue entre le médiateur et le sujet, plus la différence s’amenuise, plus la connaissance se précise, plus la haine se fait intense. C’est toujours son propre désir que le sujet condamne dans l’Autre mais il ne le sait pas. Lire la suite »

Rédigé par grandpressigny

mars 14, 2008 à 3:15

Y a-il entre le snob proustien et le héros dostoïevskien autant de différences qu’on le croit?

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Ce passage tiré du chapitre deux de Mensonge romantique et vérité romanesque approfondit encore l’idée de l’unité de la production romanesque de Cervantès à Marcel Proust. On avait vu que même dans le Don Quichotte, dans un épisode comme Le Curieux impertinent (chapitre XXXIII à XXXV), on avait quelque chose de semblable à L’Éternel mari. Ici, c’est la différence de nature entre le héros de Dostoïevski et le snob de Marcel Proust qui est battue en brèche par René Girard:

Y a-t-il entre le snob proustien et le héros dostoïevskien autant de différence qu’on le croit? Le Sous-sol répond que non. Observons le héros souterrain avec ses anciens condisciples. Ces êtres insipides organisent un banquet en l’honneur d’un certain Zverkov qui part en garnison pour le Caucase. L’homme du souterrain assiste aux préparatifx de la fête mais personne ne songe à l’inviter. Cet affront inattendu, ou trop attendu peut-être, déclenche en lui une passion morbide, un désir frénétique “d’écraser, de vaincre, de charmer” ces êtres dont il n’a nul besoin et pour lesquels, d’ailleurs, il éprouve un mépris fort sincère. Lire la suite »

Rédigé par grandpressigny

mars 12, 2008 à 8:01

Le temps retrouvé de Marcel Proust – La Berma

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Dans le premier chapitre de Mensonge romantique et vérité romanesque, René Girard commente l’expérience esthétique telle que  Marcel Proust la présente dans La recherche du temps perdu,  le narrateur ayant été voir la Berma au théâtre.

Suite…

Rédigé par grandpressigny

mars 11, 2008 à 3:19

Objet du désir

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Dilgo désire Clémentine.

Voilà un objet, et le sujet de cet objet, reliés par la relation simple du désir.

On peut imaginer alors qu’une relation simple les unit. Le désir de Clémentine est une formation du sujet singulier. Dilgo. Chacun existe de part et d’autre, il n’y a pas de mouvement. Il n’y a pas de problème à la limite, Dilgo avait le choix entre plusieurs objets, il n’a pas choisi le plus facile.

On dira que, sans doute, le plus facile n’aurait pas satisfait son désir. Il aurait pu au moins prendre un objet possible. Il n’y avait cependant rien d’impossible au départ, sa relation à Clémentine semble avoir pris une mauvaise tournure progressivement.

D’ailleurs, nous observons également que leur relation semble se réduire à l’obstacle que Clémentine oppose désormais au désir de Dilgo.

Objet, sujet, tout cela semble avoir disparu, ne semble plus être le problème. Tout ce qui reste est une relation d’offuscation réciproque. Le désir est une relation, mais l’objet et le sujet n’en sont pas forcément les termes, pourquoi pas un maître ou un esclave.

Par exemple, Dilgo amant malheureux, est servi par le dédain de Clémentine qui ne semble pas plus heureuse dans son désir. C’est le premier point, la notion d’objet, chez René Girard, n’est pas pertinente. Il faut trouver autre chose.

Mensonge romantique et vérité romanesque

Rédigé par grandpressigny

mars 9, 2008 à 5:35

Publié dans Mensonge romantique vérité romanesque

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Mensonge romantique et vérité romanesque (citations)

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« Il y a totalitarisme lorsqu’on parvient, de désir en désir, à la mobilisation générale de l’être au service du néant.»

« La haine est individualiste. »

« La lucidité de notre époque sait reconnaître la présence du sacré dans les désirs qui paraissent les plus naturels. La réflexion contemporaine découvre des « mythes » et de la « mythologie » dans chacun de nos désirs. Le XVIIIe siècle démystifiait la religion, le XIXe siècle démystifiait l’histoire et la philologie, notre époque démystifie la vie quotidienne. Pas un désir n’échappe au démystificateur patiemment occupé à construire sur tous ces cadavres de mythes le plus grand mythe de tous, celui de son propre détachement. Lui seul semble-t-il, ne désire jamais. Il s’agit toujours, en somme de convaincre les Autres et surtout de se convaincre soi-même que l’on est parfaitement et divinement autonome. »

«Le secret de la réussite, en affaires comme en amour, est la dissimulation. Il faut dissimuler le désir qu’on éprouve, il faut simuler le désir qu’on n’éprouve pas.»

«L’homme du souterrain n’est jamais plus proche des Autres que lorsqu’il se croit totalement séparé d’eux »

«Chacun de nous est à lui-même son propre tonneau des Danaïdes qu’il s’efforce en vain de remplir. »

«Le romancier n’est pas un réaliste de l’objet mais il est un réaliste du désir. »

«Chacun se croit seul en enfer et c’est cela l’enfer. »

Rédigé par grandpressigny

mars 8, 2008 à 6:23

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