René Girard

Scolies d'après René Girard

Le théâtre de Jésus

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Le texte de cet article  est un commentaire au récit historique développé sur Apartrental Blog, aux sujet des prophéties de la ville de Paris avant la Révolution.

Bel exemple de la lutte pour reprocher à l’église d’être tentée par la gloire mondaine, bel exemple de la façon dont on ramène les catholiques à ce qu’il y a d’essentiel dans la crucifixion: les convulsionnaires de Saint-Médard, à Paris, Rue Mouffetard au XVIIème siècle.

Les convulsionnaires sont des petites gens ou des notables jansénistes ou manipulés par les jansénistes, situés du côté protestant contre l’idée du libre arbitre soutenue par le Vatican.

Car le protestant pense qu’on ne peut pas sortir du pêcher sans l’aide de Dieu. Comme l’homme de gauche pense qu’on ne peut pas sortir de la pauvreté sans l’aide de l’Etat. Le libre arbitre du catholique désigne l’homme comme responsable de son absence de vertu.

Vieille querelle.

Suite à la mort de leur modèle, une sorte de christ, le diacre François de Paris mort à cause de l’austérité de son existence, les gens du quartier de l’église Saint-Médard vous un culte autour de son tombeau.

Le protestant proteste d’abord contre la richesse de l’église. Les adorateurs de François de Paris, se livrent à toutes sortes d’auto-châtiments, qui ramènent tous à l’idée de la persécution.

Les jansénistes sont effectivement persécutés, par Louis XIV puis Louis XVI. Jusqu’à l’expulsion des jésuites, instigateurs des persécutions et qui avaient toujours contesté les thèses de Corneille Jansénius, dans son Augustinus.

Je vois satan tomber comme l'éclair René Girard

Editions Grasset et Fasquelles 1999

En ramenant l’église à la pauvreté, les jansénistes tendent, à travers le mouvement des convulsionnaires, à ramener le regard du chrétien sur le fait primordial. A savoir la persécution.

En ce qui concerne la croix, plus qu’un symbole, c’est un rappel permanent. La persécution aboutit au lynchage. Attention. Pas à la culpabilité des juifs, des roumains, des pédés, des sorcières, non.

A la condamnation à mort. Le christ est un condamné à mort et l’origine de la divinité est là. De là à dire, avec René Girard, que ce condamné à mort là n’est pas Dieu, mais celui qui va montrer aux hommes d’où vient Dieu, à savoir, du lynchage collectif, il faut poursuivre notre lecture.

Je vois Satan tomber comme l’éclair est un bon point de départ à condition d’avoir compris, cette idée de lynchage.

DESIR TRIANGULAIRE (définition d’une notion clé chez René Girard, et formant, avec la notion de lynchage – meurtre collectif – les deux piliers de sa pensée, ou théorie: le désir mimétique, c’est Satan – pour le dire vite)

L’homme est cette créature qui a perdu une partie de son instinct animal pour accéder à ce qu’on appelle le désir.

Une fois leurs besoins naturels assouvis, les hommes désirent intensément, mais ils ne savent pas exactement quoi car aucun instinct ne les guide.

Ils n’ont pas de désir propre. Le propre du désir est de ne pas être propre.

Pour désirer vraiment, nous devons recourir aux hommes qui nous entourent, nous devons leur emprunter leurs désirs.

(Je vois Satan tomber comme l’éclair, René Girard. Grasset page 35)

Written by Pierre-Henri Murcia

novembre 25, 2009 at 2:39

Spécificité du christianisme

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La leçon du christianisme ne peut être vraiment entendue que si elle l’est complètement, à cent pour cent, ce qui implique que les hommes renoncent une fois pour toutes à leur violence. Le Royaume est comme l’œil du cyclone: si on tente de l’atteindre par un chemin continu, en s’efforçant toujours plus d’augmenter l’efficacité des moyens habituels, c’est-à-dire violents, de contenir la violence, on tournoiera de plus en plus vite, tel un fétu de paille, à mesure qu’on croira s’approcher du cœur au repos. Le Royaume, on y saute à pied joints ou on meurt.

Le récit de la mort de Jésus est semblable à ceux qu’on trouve dans beaucoup d’autres religions. C’est la mise à mort de quelqu’un, et cette mise à mort l’apparente à un sacrifice. Ce qu’il a de spécifique, c’est qu’il est raconté du point de vue de la victime. Donc, il casse la machine à faire du sacré, il casse les systèmes sociaux et leurs cultures fondées sur le sacrifice.

Parce qu’une bonne machine à faire du sacré produit un mythe, c’est-à-dire un récit raconté du point de vue des persécuteurs, qui ne s’étonnent pas de voir celui qui a foutu la merde devenir un dieu après avoir été jeté de la falaise  (comme l’île de Pâques, par exemple).

Porteur de ce savoir, le récit chrétien de la passion permet notre monde qui prend en considération les victimes et augmente toujours plus le cercle de son intégration. Notre monde sait qu’il a pour origine le meurtre et la persécution. Du coup, les effets du christianisme sont redoutables. C’est le monde moderne. C’est le Royaume qui nous prive de toute protection contre notre violence – celle que la persécution sacrée nous a toujours permis de canaliser malgré nous. De sorte que nous sommes livrés à nous-mêmes, obligés de sauter à pied joints dans le Royaume ou de mourir, tous. Tel est le sens qu’il faut donner au texte de Jean-Pierre Dupuy, page 155 de son livre La Marque du sacré. Ce texte, fortement inspiré de René Girard, est écrit à propos d’une discussion de l’évolutionnisme cognitiviste, au chapitre III, La religion, nature ou surnature?

Written by Pierre-Henri Murcia

octobre 6, 2009 at 4:31

La Marque du Sacré par Jean-Pierre Dupuy

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Le moins que l’on puisse dire c’est que ce livre bouscule nos idées reçues. Pour ne prendre qu’un exemple, la soi-disant raréfaction de l’énergie  fossile. En réalité, selon la fameuse règle du tiers, si on brûle ne serait-ce qu’un tiers de  l’énergie disponible, sans même se mettre en situation de rendre cette énergie rare, le pétrole pour ne citer que le plus fameux, on aura largement dépassé la capacité de la Terre à encaisser les émissions de carbone. En réalité, un tiers de la réserve suffirait à tout chambouler notre climat. Donc, ceux qui disent qu’on va manquer de pétrole se trompent. Le problème de l’énergie fossile est exactement inverse, on en a trop.

Tout le livre est comme ça. Sur fond d’une réflexion pour montrer comment notre raison, notre pensée scientique est enracinée dans la métaphysique religieuse, et chrétienne en particulier. Evidemment, si je vous parle de jean-Pierre Dupuy sur ce blog, c’est que c’est un brillant essayiste grand connaisseur de René Girard.

Son super livre, La Marque du sacré, j’en suis à la moitié. Il est publié dans les mêmes éditions que le dernier bouquin apocalyptique de René Girard, Achever Clausewitz. Les éditions Carnet Nord.

La catastrophe (écologique, nucléaire, nano-bio-technologique…) a commencée mais notre refus du religieux nous empêche de la voir.

Et pourquoi? Parce que c’est le religieux, ou plutôt sa disparition qui est à l’origine de cette catastrophe. De plus la disparition du religieux se double d’une révélation sur la nature du religieux lui-même comme berceau de notre propre savoir scientifique sur l’homme. Un livre passionnant mais il vaut mieux, donc, se renseigner un peu sur René Girard avant de l’aborder puisqu’il est le résultat d’une empoignade avec le père de la Théorie mimétique. Jean-Pierre Dupuy a écrit son premier livre inspiré par cette théorie il y a trente ans, L’enfer des choses. Et ça vaut le détour.

Written by grandpressigny

octobre 5, 2009 at 7:03

Pluriel Hachette

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Quand j’aurai fini de travailler avec cette édition poche dont je me sers pour une relecture, afin de bien disposer mes connaissances de René Girard sur ce blog, je me doute que le livre ne sera plus qu’un tas de feuilles reliées entre elles par des trombones, la couverture servant de pochette. Ca me fait toujours ça avec les éditions Hachette Pluriel, de la vrai meumeu. Mais de voir les feuilles s’envoler à mesure qu’on les tourne présente l’avantage de pouvoir les traiter comme des feuilles à copier, ce qui peut être pratique pour étudier certains passages en particulier. Ou ça donne des idées, de distribuer le livre dans les boîtes aux lettres, après le courrier du facteur, entre un prospectus de Carrefour et une publicité pour une séance de voyance gratuite. Je songe avec nostalgie à Henri Miller parlant des livres qu’il avait du mal à acquérir, parce qu’ils étaient trop chers. Sûr, Pluriel ce n’est pas cher. Mais pour le prêter à des amis tintin.

Les livres sont une des rares choses que les hommes chérissent vraiment. Et les esprits les plus nobles sont ceux-là aussi qui se séparent le plus facilement de leur possessions. Un livre qui traîne sur un rayon, c’est autant de munitions perdues. Prêtez et empruntez tant que vous pourrez, aussi bien livres qu’argent. Un livre n’est pas seulement un ami, il vous aide à en acquérir de nouveaux. Quand vous vous êtes nourri l’esprit et l’âme d’un livre, vous vous êtes enrichi. Mais vous l’êtes trois fois plus quand vous le transmettez à autrui.

Henri Miller, Lire au cabinet, Gallimard de poche (plus solide).

Eh bien, je m’étais débarrassé des éditions précédentes grâce auxquelles j’avais lu René Girard. Je dirais que j’aurais du mal à partager l’expérience de Miller avec celle que j’ai acheté pour en parler sur ce blog. Idem pour l’édition plurielle de la Violence et le Sacré (pour le lire une septième fois, mais le livre je l’ai emprunté à mon frère qui s’est arrêté au premier quart). Avis lecteur, dans l’immédiat, méfie-toi, comme dit le normand.

Written by grandpressigny

avril 22, 2008 at 1:02

Tocqueville cité par Girard

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Tocqueville cité par René Girard dans Mensonge romantique et vérité romanesque montre que l’égalité peut conduire les gens à s’obséder mutuellement.

Quand toutes les prérogatives de naissance et de fortune sont détruites, que toutes les professions sont ouvertes à tous, et qu’on peut parvenir de soi-même au sommet de chacune d’elles, une carrière immense et aisée semble s’ouvrir devant l’ambition des hommes, et ils se figurent volontiers qu’ils sont appelés à de grandes destinées. Mais c’est là une vue erronée que l’expérience corrige tous les jours. Cette même égalité qui permet à chaque citoyens de concevoir de vastes espérances rend tous les citoyens individuellement faibles. Elle limite de tous côtés leurs forces en même temps qu’elle permet à leur désir de s’étendre.

… Ils ont détruit les privilèges gênants de quelques-uns de leurs semblables; ils rencontrent la concurrence de tous. La borne a changé de forme plutôt que de place.

… Cette opposition constante qui règne entre les intincts que fait naître l’égalité et les moyens qu’elle fournit pour les satisfaire tourmente et fatigue les âmes… Quelque démocratique que soit l’état social et la constitution politique d’un peuple, on peut… compter que chacun de ses concitoyens apercevra toujours près de soi plusieurs points qui le dominent, et l’on peut prévoir qu’il tournera obstinément ses regards de ce seul côté.

Written by grandpressigny

mars 20, 2008 at 11:36

Qu’est-ce que le totalitarisme?

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Dans ce passage René Girard donne une définition précise de ce qu’il appelle totalitarisme à savoir la concurrence épuisant toutes les forces des hommes dans une lutte stérile puisque ne mettant plus aucune différence concrète en jeu, situation créée par l’égalité.

L’égalité croissante – le rapprochement du médiateur, dirions-nous, – n’engendre pas l’harmonie mais une concurrence toujours plus aigüe. Source de bénéfices matériels considérables, cette concurrence est une source de souffrances spirituelles plus considérables encore car rien de matériel ne peut l’assouvir. L’égalité qui soulage la misère est bonne en soi mais elle ne peut pas satisfaire ceux-là même qui l’exigent avec le plus d’âpreté; elle ne fait qu’exaspérer leur désir. Lire la suite »

Written by grandpressigny

mars 19, 2008 at 5:59

Quand le médiateur se rapproche du sujet

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Plus la distance diminue entre le médiateur et le sujet, plus la différence s’amenuise, plus la connaissance se précise, plus la haine se fait intense. C’est toujours son propre désir que le sujet condamne dans l’Autre mais il ne le sait pas. Lire la suite »

Written by grandpressigny

mars 14, 2008 at 3:15