René Girard

Scolies d'après René Girard

Posts Tagged ‘Jean-Pierre Dupuy

Rousseau et la passion de l’obstacle

leave a comment »

René Girard observe que le désir mimétique peut-être catastrophique. Je veux ton mec et donc je te le prends et puis j’entre dans une rivalité avec toi qui tourne mal parce que forcément tu t’en prends à moi. Entre toi et moi le conflit s’aggrave et finalement dans cette histoire de rivalité, on ‘oublie le mec, on oublie l’objet (le désir n’a pas d’objet, il est mimétique)  et on ne pense plus qu’à l’obstacle du désir. En désirant ton mec j’ai imité ton désir, c’est ça le désir mimétique. Seulement, en le désirant, ton mec, j’ai fait de toi une force hostile, tu es devenu un obstacle, et tu finis par m’obséder à force de me le faire payer et moi, en retour, de te rendre les coups; et je ne pense plus qu’à toi, quand à la fin, j’ai oublié le mec. La relation soi-disant érotique c’est avec toi que je l’ai. Si tu es du même sexe que moi, alors, c’est de l’homosexualité. Les tentations de te soumettre ou de jouir en me soumettant à toi deviennent grande. Le désir a perdu son objet.

René Girard

René Girard

Jean-Pierre Dupuy, écrit un livre sur le 11 septembre: Avions-nous oublié le mal? La première partie porte le nom d’un livre d’André Glucksmann. Jean-Pierre aime ce titre car ça lui rappelle un auteur essentiel pour l’étude du ressentiment, chez les hommes, le grand écrivain russe: Doïstoievski à Manhattan. A propos de Rousseau, Jean-Pierre, dans le chapitre II intitulé  Le mal comme principe d’explication, sort une citation remarquable de Rousseau Juge de Jean-Jacques, Premier dialogue, rappelant le principe de la transformation de l’appétit en rivalité et comment celle-ci perd de vue son objet.

Les passions primitives, qui toutes tendent directement à notre bonheur, ne nous occupent que des objets qui s’y rapportent et n’ayant que l’amour de soi pour principe sont toutes aimantes et douces par leur essence; mais quand, détournées de leur objet par des obstacles, elles s’occupent plus de l’obstacle pour l’écarter que de l’objet pour l’atteindre, alors elles changent de nature et deviennent irascibles et haineuses. Et voilà comment l’amour de soi qui est un sentiment bon et absolu devient amour-propre; c’est-à-dire un sentiment relatif par lequel on se compare, qui demande des préférences, dont la jouissance est purement négative et qui ne cherche plus à se satisfaire par notre propre bien, mais seulement par le mal d’autrui.

Chez Girard, la disparition de l’objet dans l’aggravation du conflit mimétique entre les rivaux abouti à leur indifférenciation. Ton mec, c’est l’objet, toi, tu es le médiateur, celui qui me montre ton mec, celui sur qui je copie le désir, celui dont j’imite le désir pour m’approprier ton être. Dans Mensonge romantique et Vérité romanesque Girard écrit à propos du rapprochement vertigineux du sujet et de son médiateur.

Publicités

Cet insensé est René Girard

leave a comment »

Seul un insensé, ignorant tout des normes de la recherche en sciences humaines, peut aujourd’hui proférer les énormités suivantes. En dépit, ou plutôt du fait même de son bruit et de sa fureur, l’histoire de l’humanité, prise dans sa globalité, a un sens. Ce sens nous est accessible: la science de l’homme est possible, mais ce n’est pas l’homme qui l’a faite. Elle lui a été donnée par une Révélation divine. La vérité de l’homme est religieuse. De toutes les religions, une seule possède le savoir sur le monde humain, et donc sur toutes les religions qui l’ont précédée. C’est le christianisme, en tant qu’il se fonde sur les Évangiles, c’est-à-dire sur les récits de la mise à mort du Christ.

Cet insensé est René Girard.

Jean-Pierre Dupuy, La Marque du Sacré, carnetsnord, 2008.

Written by Pierre-Henri Murcia

décembre 15, 2009 at 10:21

La Marque du Sacré par Jean-Pierre Dupuy

leave a comment »

Le moins que l’on puisse dire c’est que ce livre bouscule nos idées reçues. Pour ne prendre qu’un exemple, la soi-disant raréfaction de l’énergie  fossile. En réalité, selon la fameuse règle du tiers, si on brûle ne serait-ce qu’un tiers de  l’énergie disponible, sans même se mettre en situation de rendre cette énergie rare, le pétrole pour ne citer que le plus fameux, on aura largement dépassé la capacité de la Terre à encaisser les émissions de carbone. En réalité, un tiers de la réserve suffirait à tout chambouler notre climat. Donc, ceux qui disent qu’on va manquer de pétrole se trompent. Le problème de l’énergie fossile est exactement inverse, on en a trop.

Tout le livre est comme ça. Sur fond d’une réflexion pour montrer comment notre raison, notre pensée scientique est enracinée dans la métaphysique religieuse, et chrétienne en particulier. Evidemment, si je vous parle de jean-Pierre Dupuy sur ce blog, c’est que c’est un brillant essayiste grand connaisseur de René Girard.

Son super livre, La Marque du sacré, j’en suis à la moitié. Il est publié dans les mêmes éditions que le dernier bouquin apocalyptique de René Girard, Achever Clausewitz. Les éditions Carnet Nord.

La catastrophe (écologique, nucléaire, nano-bio-technologique…) a commencée mais notre refus du religieux nous empêche de la voir.

Et pourquoi? Parce que c’est le religieux, ou plutôt sa disparition qui est à l’origine de cette catastrophe. De plus la disparition du religieux se double d’une révélation sur la nature du religieux lui-même comme berceau de notre propre savoir scientifique sur l’homme. Un livre passionnant mais il vaut mieux, donc, se renseigner un peu sur René Girard avant de l’aborder puisqu’il est le résultat d’une empoignade avec le père de la Théorie mimétique. Jean-Pierre Dupuy a écrit son premier livre inspiré par cette théorie il y a trente ans, L’enfer des choses. Et ça vaut le détour.

Written by grandpressigny

octobre 5, 2009 at 7:03